Comment deux membres restants de De La Soul ont transformé un disque plein de pertes en une célébration — avec la voix de leur ami décédé toujours au centre.
Il y a un certain genre de moment que les mélomanes apprennent à reconnaître. Pas le silence juste avant que l'aiguille ne touche le sillon, mais l'inverse : un nom prononcé à haute voix qui aspire soudain tout l'air de la pièce.
De La Soul - Cabin in the Sky débute par un tel moment. L'acteur Giancarlo Esposito, solennel comme un maître de cérémonie, énumère les noms des invités que l'on va entendre — une galerie d'honneur du hip-hop. Et puis, à la fin, un nom se distingue des autres. Dave.
À ce moment-là, le ton change, juste un instant, avant que le premier beat ne relève tout. Car ce n'est pas un disque ordinaire. C'est l'album que De La Soul a réalisé avec la voix d'un membre du groupe qui n'est plus.
La voix disparue trop tôt
David "Trugoy the Dove" Jolicoeur — avec Posdnuos l'un des deux rappeurs de De La Soul, avec Maseo aux platines — est décédé le 12 février 2023, à l'âge de 54 ans, après des années de problèmes de santé.
Le timing était cruel. Deux semaines plus tard, après une bataille juridique de plusieurs décennies concernant les samples et les droits, l'intégralité de l'ancien catalogue de De La Soul a finalement été mise en streaming — le jour même où leur premier album, 3 Feet High and Rising, fêtait ses 34 ans. Dave n'a pas pu célébrer la fête que le groupe attendait depuis une demi-carrière.
Cette perte planait sur tout ce qui a suivi. Le choix facile aurait été d'arrêter. Le choix difficile — et le plus beau — était de continuer.
La décision de continuer
Cabin in the Sky est sorti le 21 novembre 2025, via Mass Appeal, le label de Nas. C'est le premier album de De La Soul en neuf ans, depuis le financement participatif d'And the Anonymous Nobody en 2016.
(Calculez bien, car c'est souvent mal raconté : il est souvent appelé leur dixième album, mais si l'on compte les albums studio, c'est leur neuvième. Un petit détail, mais qui en dit long sur l'ampleur du mythe autour de ce groupe.)
Posdnuos et Maseo ont continué en duo. Pourtant, Dave est partout. Le disque contient des enregistrements inédits de sa voix, entrelacés dans les morceaux — il rappe sur sa propre commémoration. Le groupe a décrit l'album lui-même comme une thérapie et une célébration à la fois : la douleur que l'on porte, et la joie qui perce malgré tout.
Des funérailles qui ressemblent à une fête
C'est là que réside le miracle de ce disque. Un album sur la mort aurait pu être d'une lourdeur écrasante. Au lieu de cela, Cabin in the Sky ressemble à des funérailles jazz de style Nouvelle-Orléans, où l'on danse autant qu'on pleure.
Même le moment le plus grave — "A Quick 16 for Mama", où Pos et Maseo, avec Killer Mike, honorent leurs mères décédées — sonne plus comme une étreinte que comme une lamentation. C'est précisément l'astuce que De La Soul maîtrise depuis la fin des années 80 : dissimuler la gravité sous la couleur et l'espièglerie, pour qu'elle pénètre sans vous écraser.
Toute la famille est venue
On n'organise pas un adieu seul. La liste des invités ressemble à une réunion de famille : Nas (sur "Run It Back"), Common, Black Thought de The Roots, Killer Mike, Q-Tip, Slick Rick, la voix soul Bilal et Yukimi de Little Dragon. Aux manettes, une équipe tout aussi impressionnante — DJ Premier, Pete Rock, Supa Dave West, Jake One, Nottz — aux côtés de De La Soul eux-mêmes.
Ce n'est pas un hasard. Ces noms viennent du même monde : les Native Tongues, la branche jazzy, soul et ludique du hip-hop dont De La Soul a été l'un des fondateurs. Cela explique aussi pourquoi le disque sonne si bien sur vinyle. Des beats chaleureux, construits sur des samples, au lieu d'une production numérique froide — c'est une musique qui demande de l'analogique. La presse a salué l'album presque unanimement comme l'un des meilleurs disques de hip-hop de l'année.
Jaune ou bleu clair
Pour les collectionneurs, il y a encore un choix à faire. Cabin in the Sky n'est pas sorti d'une seule manière, mais en deux variantes de couleur, chacune avec sa propre pochette : une édition jaune avec l'œuvre principale de l'artiste Hebru Brantley, et une édition bleu clair avec une pochette alternative (qui est également sortie en CD et cassette).
La jaune pour ceux qui veulent l'art de Brantley ; la bleu clair pour ceux qui recherchent l'édition plus rare. Pour les pressages colorés limités, c'est presque toujours la même chose : ce sont précisément les versions que vous ne trouverez plus facilement dans quelques années.
Ce que l'histoire raconte vraiment
La fin facile est : la légende revient, le disque est bon, c'est tout. Mais sous la surface, il y a quelque chose de plus émouvant. Cabin in the Sky est ce qui se passe lorsque les artistes refusent de laisser disparaître ce qui leur est cher. La voix d'un ami décédé ne devient pas ici une relique sous verre, mais une partie vivante d'une nouvelle musique. Une commémoration sur laquelle on peut danser.
Et c'est peut-être précisément pourquoi cet album prend tant de sens sur vinyle. Le streaming est de l'air ; un disque est une chose. Quelque chose que vous tenez, retournez, conservez. Pour un groupe qui a dû se battre pendant des années pour que sa propre musique reste tangible, et qui vient de perdre sa troisième voix, un objet physique est plus qu'un produit. C'est une façon de dire : cela reste.
Cabin in the Sky tourne maintenant sur les platines du monde entier. Et quelque part là-dedans, entre les invités et les sillons, résonne encore la voix de Dave — non pas comme un écho, mais comme un participant.
Avez-vous déjà Cabin in the Sky en jaune ou bleu clair chez vous ? Ou un autre disque de De La Soul dont vous ne vous séparerez jamais ? Faites-le savoir dans les commentaires.
Luister